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Ils nous prennent pour des audios

Ils nous prennent pour des audios

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Tribune. 2020 : année internationale du son. Des initiatives vont se multiplier pour nous sensibiliser au son comme composante essentielle de nos environnements. Pourtant, là où le son fait médiation, une nouvelle frontière est en train d’apparaître, entre le média sonore qu’est la radio et l’avènement de l’audio. Si ce dernier se définit comme le nouvel eldorado des métiers du son, pourquoi faudrait-il simultanément se priver du mot radio ? Bien plus que le choix d’un mot à la place d’un autre, se joue un enjeu de société déjà éprouvé par d’autres mutations sémantiques.

De deux choses l’une. Soit l’opposition radio/audio n’est pas pertinente. Et, puisqu’on n’a jamais autant pris soin de ce qu’on se met dans les oreilles, on sera heureux de pouvoir conjuguer comme autant de plaisirs auditifs les programmes de radio linéaires de qualité et les pépites des plateformes de streaming et/ou des agrégateurs de podcasts natifs. Les écritures des uns rafraîchissent les écritures des autres. La fausse frontière entre radio et audio peut prêter à des croisements, des hybridations, des jeux… Soit l’opposition est pertinente. La frontière est bien réelle et n’empêche rien de l’émulation et de la rivalité entre les contenus. Bref, que podcasteurs ou radioteurs se ressemblent ou jouent à se distinguer, la fertilité de leurs échanges a de beaux jours devant elle. Il reste une asymétrie : ceux qui imposent le mot «audio» semblent vouloir exclure la «radio» qui, elle, n’a jamais renié… l’audio (et pour cause).

La radio : la tête de l’écosystème audio

L’étude «Global Audio» de Médiamétrie a le projet d’intégrer à ses enquêtes les consommations sonores que les usagers n’assimilent pas à de la radio : le streaming musical et, plus marginalement, les podcasts natifs. Alors que, comme l’affirme l’institut de sondage, la radio reste «la tête de l’écosystème audio». Les ergotages de lexique risquent de nous entraîner beaucoup trop loin du sujet (tel think tank appelle les créateurs sonores à se déclarer «audiographistes» ou «sound designers»…). Au lieu de voir l’audio comme une mutation des pratiques de l’auditorat radio, les promoteurs de l’audio donnent l’impression de chercher dans cette mutation une opportunité pour «ubériser» le secteur. «Global Audio» est pourtant clair, les podcasts natifs représentent moins de 1% du volume d’écoute consacré aux contenus audio.

La diversification des usages entraîne mécaniquement un empilement des technologies. Le retour du vinyle prouve que les supports d’âges différents coexistent plus qu’ils ne se remplacent les uns par les autres. Pourtant, de plus en plus d’acteurs, venus les uns de la radio, les autres du net-entrepreneuriat, finissent par préférer le mot «audio» comme substitut à celui de «radio». Le prochain Salon de la radio (du 23 au 25 janvier 2020) présente très bien l’hésitation dans laquelle se trouve le secteur, en prenant un titre ouvertement schizophrénique : «Solid radio. Liquid audio.» Là où la différence entre «radio» et «audio» ne tient jamais qu’entre les tuyaux pris par le contenu pour aller de l’émetteur au récepteur, elle est investie de nuances éditoriales à la fois approximatives et prophétiques.

Le slogan du dernier Paris Podcast Festival (du 18 au 20 octobre dernier) était clair : «Ce n’est pas de la radio, c’est du podcast.» Dans leur enthousiasme, ces podcasteurs n’entendent pas révolutionner la radio ou en renouveler l’écriture, ils veulent ni plus ni moins la dépasser. Pourtant gestes et techniques sont les mêmes : parler et faire parler dans un micro, produire une forme sonore plus ou moins intelligible, plus ou moins intelligente et, à l’arrivée, plus ou moins heureuse. Qu’il en aille d’une crise d’identité des producteurs de contenus délinéarisés ou d’un excès de confiance des fournisseurs de fichiers aux plateformes, le tour de passe-passe est le même : faire croire qu’une différence de technologie de diffusion (FM et DAB+ pour la radio versus Flux RSS pour l’audio) imposerait une différence de posture éditoriale. Ainsi, l’illusion d’une frontière entre «radio» et «audio» se prolonge dans la croyance que la promesse de rajeunissement contenu dans le mot «audio» attirerait mieux des audioteurs subitement radiophobes.

Vivre avec la radio

L’enthousiasme des podcasteurs est une chose, la réforme de l’audiovisuel devrait en être une autre. La promotion de l’audio ressemble de plus en plus à un désaveu de la radio. À l’aune de la holding «France Médias», les mots radio et télé, mutent en «audio» et «vidéo». Et le «big data» n’aura qu’à suivre. Plutôt qu’une fusion pleinement inclusive, il s’agit bien d’une frontière, d’une machine à exclure. Au lieu d’amplifier la radio, il s’agirait quasiment d’exclure la radio et de renoncer à un modèle d’organisation qui met en œuvre des programmes, des émissions, des repères émotionnels, des rituels d’écoute et des complicités au point de donner aux auditeurs envie de vivre AVEC la radio.

Pourquoi l’audio voudrait exister et se développer en reniant le passé de la radio alors que les deux «modèles» peuvent cohabiter ? Que deviendra la spécificité du média sonore dans l’audiovisuel public si la rhétorique de l’audio finissait par gommer la singularité de la radio ? En attendant, faisons le vœu qu’en 2020, Google ajoute un onglet «audioradio» entre «Actualités» et «Vidéos»…

David Christoffel producteur radio , Fanch Langoët Blogueur radio

Libération

January 17, 2020 at 09:30AM

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